La montée inquiétante des cas de justice populaire dans la cité minière de Durba, territoire de Watsa, dans la province du Haut-Uele (nord-est de la République démocratique du Congo), constitue une preuve manifeste de l’absence de l’autorité de l’État dans cette entité, a déclaré lundi le président de l’Association des jeunes orpailleurs unis miniers libres du Haut-Uele (AJOUMLH), Alaza Papy.
Dans une interview accordée à climat-tropical.cd, cet acteur de la société civile a dénoncé avec fermeté la multiplication des actes de vindicte populaire, caractérisés notamment par le lynchage ou l’exécution sommaire de personnes présumées auteurs de vol.
« C’est avec regret que nous constatons ces derniers temps une montée inquiétante de l’insécurité urbaine, marquée par des cas de vol simple et de vol à main armée. La situation devient de plus en plus grave », a-t-il indiqué.
Selon lui, le recours à la justice populaire traduit un profond dysfonctionnement des institutions chargées d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens.
« La population n’a pas le droit de se rendre justice. L’État a, parmi ses attributions, celle d’assurer la sécurité des citoyens et de leurs biens. Malheureusement, nous assistons aujourd’hui à une situation contraire, où la population est contrainte de se prendre en charge en raison d’une défaillance quelque part », a-t-il déploré.
Tout en évitant de se substituer aux autorités publiques, Alaza Papy a rappelé à l’État ses responsabilités régaliennes, soulignant l’urgence d’intervenir pour préserver des vies humaines innocentes. « La foule n’a pas d’âme, dit-on. Il est impératif que l’État prenne des mesures pour mettre fin à ces dérives », a-t-il ajouté.
Sur le plan juridique, la Constitution de la République démocratique du Congo garantit le droit à la vie et interdit toute forme de justice expéditive. L’article 16 stipule que « la personne humaine est sacrée » et que l’État a l’obligation de la protéger. De même, l’article 17 consacre le principe de la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable, interdisant ainsi toute sanction en dehors des juridictions compétentes.
Par ailleurs, l’article 61 de la Constitution précise que le droit à la vie et l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants ne peuvent faire l’objet d’aucune dérogation, même en période d’exception.
Dans ce contexte, les actes de justice populaire observés à Durba constituent non seulement une violation grave des droits fondamentaux, mais aussi une entorse à l’ordre public et à l’État de droit.
Malgré ce tableau sombre, le président de l’AJOUMLH a salué l’engagement de certains groupes de jeunes vigilants qui participent à la sécurisation des quartiers.
Il a, en conclusion, exhorté les autorités compétentes à renforcer la présence des forces de sécurité et à restaurer la confiance de la population envers les institutions judiciaires.
Par Christophe Onzonono



