
La pression monte dans le nord-est de la RDC. À Watsa, territoire stratégique du Haut-Uele, des leaders communautaires, représentants de la jeunesse et acteurs socio-professionnels ont décidé de passer à l’offensive contre ce qu’ils qualifient de blocage administratif opaque freinant le développement local.
Réunis ce lundi 26 janvier 2026 à l’espace Oasis, au bord de la rivière Kibali, ces acteurs ont exigé la signature immédiate de l’arrêté ministériel autorisant la réouverture de l’OSG DOT Kibali, un organisme clé dans la gestion des retombées sociales issues de l’exploitation minière industrielle de la société kibali gold mine.
Selon les participants, la fermeture prolongée de l’OSG DOT Kibali, dont les raisons n’ont jamais été officiellement clarifiées, prive la population de Watsa de mécanismes essentiels de financement des projets communautaires, dans une zone pourtant au cœur de l’un des plus importants pôles aurifères du pays.
« Tant que l’OSG DOT Kibali reste fermé, c’est tout le territoire de Watsa qui est paralysé », a déclaré devant la presse le pasteur Didier Angalo, l’un des porte-voix de la rencontre.
Au-delà de l’OSG, les leaders communautaires dénoncent un scandale plus large : des projets publics entièrement financés mais jamais achevés, sans explication ni reddition de comptes.
Parmi les exemples cités : la centrale photovoltaïque de Surur, financée à 100 % mais abandonnée en pleine brousse ;
l’Hôpital général de référence de Watsa, aujourd’hui réduit, selon les acteurs locaux, à un entrepôt improvisé ;
des écoles, ponts et infrastructures communautaires dont les chantiers sont à l’arrêt depuis des années.
Les entreprises attributaires de ces marchés, dont plusieurs seraient basées à Goma, sont accusées de défaillance grave dans l’exécution des contrats, malgré la disponibilité des fonds.
À l’issue de la réunion, un plan d’action a été arrêté. Les leaders annoncent le dépôt officiel d’une lettre d’information le vendredi 30 janvier 2026 auprès de l’Administrateur du territoire de Watsa, prélude à la lecture publique d’un mémorandum destiné aux ministères nationaux concernés, notamment les Mines et les Affaires sociales.
Objectif : contraindre l’État à lever le silence sur l’OSG DOT Kibali et exiger la reprise immédiate des chantiers déjà financés, sans condition de nouveaux décaissements.
« La communauté ne doit plus payer le prix de l’irresponsabilité administrative et de la prédation économique », ont martelé les participants.
La jeunesse, fortement touchée par le chômage et l’absence d’investissements sociaux, s’est dite prête à s’engager pleinement dans cette mobilisation.
Tagamile Lado Benjamin, président du Conseil territorial de la jeunesse (CTJ/Watsa), estime que le blocage de l’OSG DOT Kibali constitue un facteur aggravant de la précarité :
« La jeunesse est une victime directe de cette situation. Nous sommes prêts à répondre activement aux démarches de revendication ».
Même son de cloche chez les taxi-motos, secteur clé de la mobilité locale. Leur président, Trésor Bibi Talizo, affirme que l’OSG DOT Kibali aurait déjà permis de financer des véhicules d’arrosage des routes à Watsa, Durba, Dubele et Muku, afin de limiter les maladies respiratoires liées à la poussière.
Il dénonce par ailleurs la marginalisation des entrepreneurs locaux, au profit d’opérateurs extérieurs :
« Ceux qui vivent ici ont le souci du développement. Les autres décrochent des marchés de millions de dollars et disparaissent », accuse-t-il.
Au-delà de Watsa, cette mobilisation pose une question centrale pour la gouvernance minière en RDC : comment garantir que les ressources issues de l’exploitation industrielle bénéficient réellement aux communautés locales ?
Les leaders communautaires interpellent directement les autorités nationales et certains décideurs influents, les appelant à rompre avec l’impunité et à restaurer la confiance entre l’État, les entreprises minières et les populations.
Par christophe Onzonono



